Les saisons s’envolent emportant avec elles les histoires qui les ont fait vivre. Comme l’emblème de ce drapeau boudé par tous, elles tombent sous le poids de l’eau, sous le souffle du vent. Ces feuilles d’érables portent les couleurs de mes passions, jaune, orangé, rouge puis celles deux tons rappelant le fruit qui n’a su atteindre sa maturité. Un restant de vert sur fond chaud que je noyais de verres le front chaud.
La facilité à me relever après une tempête me surprends encore. Comme si le plus bel âge me donnait la sagesse de la raison. Fuir l’arène, les uppercuts et les débits sanglants…Il me demande d’ouvrir mon intérieur un mois après la fracture, je n’en vois pas l’intérêt. Mettre mes souffrances et mes rêves bafoués au profits de ses satisfactions égoïstes, pendant que son bonheur récent l’aveugle et le rends irrespectueux à force de se regarder la mousse de nombril, non merci, je passe à autre chose. Ma vie n’est pas sienne, sa vie n’est pas mienne. Nous avons partagé, nous avons expérimenté, nous avions que le plaisir en tête, mais voilà qu’un jour nous nous sommes trop attaché. Le plaisir devenait obstacle aux sentiments, nous avions trop bu de l’un et l’autre, et les images de nos limites ainsi repoussées à l’extrême dans cette vie de débauche volontaire émergeaient quotidiennement dans nos esprits. Nous aurions peut-être voulu plus, mais nous avions déjà franchis le mur de non retour. Trop de chair, d’inconscience, d’insouciance…Trop de physiques nous éloignaient de notre confort. Notre complicité charnelle se transformait en tendresse amoureuse, blottis contre lui j’y serais rester jour et nuit. Trop d’images meurtrissaient notre amour, incapable de rajuster le tire, nous nous sommes éteint.
J’ai gardé ma tête hors de l’eau, malgré la douleur, celle de le voir se prendre en main après notre histoire, d’arrêter de faire souffrir ces femmes auxquels il tenait, et partir sur une base solide avec sa nouvelle flamme. Il lui donne ce que je demandais en silence, en me remerciant pour ses apprentissages…Je fût sa maitresse d’école pour son coeur, son lit, et sa nouvelle vie. Les mots que je prononçais au creux de son cou, je me les voulais destinés. J’attendais son réveil patiemment, tout en sachant qu’il ne pourrait continuer à mes côtés, les derniers mois étant trop lourds à porter. Par amour je me suis tu, par amour je l’ai repoussé et redirigé ailleurs. Il semblait troublé entre deux eaux, je l’ai éclairé en me retirant. ”Pour mon bonheur” qu’il me dit…oui pour son bonheur j’ai piétiné mon coeur…
Parfaite entente entre ma raison et mes sentiments, pour le bien être de tous et le mien, mon sourire en coin, chassant ma détresse au loin, j’ai continué mon chemin…Sans crises, sans larmes, sans explications, j’ai laissé ce chapitre derrière…
Je puise ma force dans mon raisonnement, dans ce qui semblait inévitable selon le parcours emprunté. Que je rêve d’être celle avec qui il est fidèle maintenant ne serait qu’une torture de plus, inutile.
Le positivisme qui m’habite depuis ce cul de sac relationnel attire vers moi de nouveaux chemins, de nouvelles rencontres, et d’anciennes passions. Rien de relationnels dans tout ceci, seul le plaisir de partager sorties, randonnées et confidences.
Le plaisir que m’apporte ces amitiés me réconforte et me distrait. Je tais mon vide intérieur pour me permettre d’avancer sans craquer. Je suis seule, un peu par choix. J’ai cumulé les partenaires durant les trois dernières années…Et certaines relations en valaient probablement la peine. Le refus venait de moi. Parce que ces hommes voulaient s’engager trop rapidement, souvent deux mois à peine après la rencontre initiale. Je suis consciente que plus nous avançons en âge, plus nous osons foncer. La peur de finir notre vie seule semble atteindre les plus coriaces. Mais chacun a ses marques, chacun son bagage. Que j’ai beau expliquer à ces messieurs l’importance que je porte à prendre mon temps, parce que je ne veux me retrouver enchainée dans une vie qui ne m’appartient pas, le résultats reste le même. Ils prennent ce refus comme un échec, et finissent par quitter. Comme si le temps jouait contre nous, dans la tête de plusieurs les minutes sont décisives, voir vitales.
Je ne raisonne pas comme l’adolescente qui joue au lit musical, ni au mourant qui accrochera le premier intéressé pour un peu de bon temps en attendant la fin…Je n’ai pas eu un parcours relationnel heureux jusqu’à mes 28 ans, les ruptures mise à part. Trop de violences, trop de manipulations et trop de peurs…Je ne me souviens pas d’une réelle complicité avec l’autre durant cette période, ni même de fous rires sans conséquences. Je ne veux pas non plus jouer la victime dans ma vie. Mais mon parcours m’a laissé un gout amer face au couple. Je ne crois pas qu’un nouvel amour donne l’heure juste sur la relation. Les premiers mois sont toujours plus beaux, le coeur léger, aveuglé par l’engouement d’un renouveau et la curiosité insatiable d’une vie parallèle encore inconnue. De prendre une décision de cohabitation à long terme durant les premiers mois me mets sur les freins. Je ne me sens pas apte à prendre telle décision sur un coup de passion. Mettre fin à une relation inadéquate lorsque les deux parties ont encore leur logis respectifs, simplifie cette étape plutôt douloureuse. D’où l’importance de me garder cette stabilité le plus longtemps possible avant de chambouler ma vie entière.
De me regarder ainsi cheminer me fait du bien, m’indique que je vais bien. J’ai laissé de côté mes désirs égoïstes de relations fonctionnelles, pour laisser place à la liberté de choix individuelle de mes partenaires. J’ai cette faculté de regarder le tout à distance, d’analyser l’ensemble de l’histoire, son contenu, et d’accepter l’itinéraire souvent fatal de cette épopée…
Je suis toujours cette amoureuse finie, qui garde en tête ce rêve de partage, de complicité et de famille. J’essaie peut-être, surement, de protéger mon coeur (encore) des blessures trop pesantes que je ne saurais remonter…